Une grille pour savoir si votre PME est prête à engager l'IA
8 axes, 36 questions notées de 0 à 3, et une lecture du score qui débouche sur une décision : engager, préparer, ou attendre.
Écrite par les consultants de Lick & Shannon Partners, à partir des questions que nous posons en début de mission. Elle est publiée telle quelle, y compris les questions dont la réponse est inconfortable — c'est ce qui la rend utile.
Ce que la grille mesure, et ce qu'elle ne mesure pas
La grille répond à une seule question : les conditions d'un premier chantier d'IA sont-elles réunies chez vous, sur un processus précis. Elle ne note pas une technologie, ne recommande aucun outil, et ne compare pas votre entreprise à d'autres.
Elle se remplit sur un seul processus, choisi à l'avance : la facturation fournisseurs, le traitement des demandes entrantes, la préparation d'un devis. Remplie « en général », sur l'entreprise entière, elle produit un score moyen qui ne décide de rien — c'est la façon la plus courante de la rater.
Ce qu'elle ne fait pas : chiffrer le gain. Savoir qu'un processus est automatisable ne dit pas ce que l'automatisation rapporterait. Il faut pour cela mesurer le temps réellement passé par étape, ce qui se fait sur site, avec les équipes.
La remplir en une demi-journée, à trois voix
Comptez environ vingt minutes par axe, soit une demi-journée avec les pauses. La condition n'est pas le temps, c'est qui est dans la salle : la personne qui fait le travail, celle qui l'encadre, et celle qui administre les outils. Sans ces trois voix, l'écart entre le processus décrit et le processus réel ne sort pas — et cet écart est la première découverte de presque tous les diagnostics.
- 1.Choisir le processus, et l’écrire en une phraseAvant d’ouvrir la grille. Une phrase avec une entrée, une sortie et un volume.
- 2.Parcourir les huit axes dans l’ordreSans revenir en arrière. Les axes sont rangés du plus déterminant au plus tardif.
- 3.Noter l’état constaté, pas l’état viséChaque question propose quatre niveaux décrivant une situation observable. En cas d’hésitation entre deux, retenir le plus bas.
- 4.Noter 0 quand personne ne sait répondreUne information que l’équipe réunie n’a pas est une information que le projet n’aura pas non plus. C’est un résultat, pas une lacune de la grille.
- 5.Reporter les totaux, puis lireLa feuille de score est en fin de document, volontairement : on la remplit en reportant, pas en devinant.
Les huit axes, et ce que chacun décide
Chaque axe porte quatre ou cinq questions, notées de 0 à 3, soit 108 points au total. Les deux premiers décident de la faisabilité, les deux derniers de la démonstration : sans mesure de départ, aucun gain ne sera défendable ensuite.
Axe 1 — Données disponibles et qualité5 questions · 15 points · axe bloquant
Si les données dont un cas d'usage aurait besoin existent, où elles sont, et dans quel état.
C'est là qu'échouent la plupart des projets arrêtés en cours de route : le cas d'usage était bon, les données n'étaient pas exploitables. Un axe bas ici ne se rattrape pas par un meilleur outil.
Axe 2 — Processus répétitifs et volumes5 questions · 15 points
Si le travail visé est assez répétitif et assez volumineux pour qu'une automatisation rapporte plus qu'elle ne coûte.
Un processus rare, ou qui change de règles à chaque dossier, coûte plus cher à automatiser qu'à faire à la main. Le volume et la stabilité des règles décident avant la technologie.
Axe 3 — Compétences internes4 questions · 12 points
Qui, en interne, saura tenir la solution après le départ du prestataire, et avec quel niveau de maîtrise du sujet.
Un outil que personne ne sait reprendre redevient un coût dans les douze mois. Le règlement européen sur l'IA impose par ailleurs des mesures de formation du personnel concerné (article 4).
Axe 4 — Outils en place et intégration4 questions · 12 points
Ce que le système d'information existant permet de brancher, et ce qu'il faudra contourner.
Une solution qui ne peut pas lire et écrire dans les outils déjà utilisés produit une double saisie de plus. C'est le mode d'échec le plus discret : l'outil fonctionne, personne ne s'en sert.
Axe 5 — Gouvernance, RGPD et cadre réglementaire5 questions · 15 points · axe bloquant
Si les usages sont cadrés avant de s'installer, et si les obligations applicables sont connues.
Les usages non cadrés s'installent seuls, avec les outils grand public et les données de l'entreprise dedans. Les reprendre après coûte plus cher que de les cadrer avant.
Axe 6 — Budget et sponsor4 questions · 12 points
Si le projet a un budget engagé et un responsable capable d'arbitrer, ou seulement un intérêt.
Un projet sans sponsor s'arrête au premier arbitrage contraire. Un projet sans budget de fonctionnement s'arrête au premier renouvellement d'abonnement.
Axe 7 — Cas d'usage candidats5 questions · 15 points
Si vous avez un premier chantier assez précis pour être chiffré, ou seulement un domaine d'intérêt.
« Mettre de l'IA dans le service client » n'est pas un cas d'usage : c'est un périmètre. Un cas d'usage a une entrée, une sortie, un volume et un responsable.
Axe 8 — Mesure du gain4 questions · 12 points
S'il existe un point de départ chiffré, sans lequel aucun gain ne pourra être démontré ensuite.
Sans mesure avant, il n'y a pas de gain après, seulement une impression. C'est aussi ce qui manque le plus souvent dans les dossiers de financement.
Lire le score : prématuré, à préparer, prêt
Le total se lit en trois paliers, en tiers des 108 points. Le découpage n'a rien de scientifique, et la grille le dit : il sert à ranger une situation dans l'une des trois décisions possibles, pas à produire une note comparable d'une entreprise à l'autre.
| Total | Lecture | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| 0 – 36 | Prématuré | Les conditions d'un projet d'IA ne sont pas réunies. Démarrer maintenant produirait un outil que personne ne pourrait ni alimenter ni reprendre. |
| 37 – 72 | À préparer | Un premier chantier est possible, mais deux ou trois manques le feraient échouer. L'ordre des travaux compte plus que leur ampleur. |
| 73 – 108 | Prêt | Les conditions sont réunies pour engager un premier chantier. Le risque s'est déplacé : il n'est plus dans la faisabilité, il est dans le périmètre. |
Chaque axe a par ailleurs son propre seuil d'alerte, à la moitié de son maximum : 7,5 sur 15 pour l'axe 1, 7,5 sur 15 pour l'axe 2, 6 sur 12 pour l'axe 3, 6 sur 12 pour l'axe 4, 7,5 sur 15 pour l'axe 5, 6 sur 12 pour l'axe 6, 7,5 sur 15 pour l'axe 7, 6 sur 12 pour l'axe 8. Un axe sous son seuil est à traiter avant le reste, même si le total est bon.
Les deux axes qui passent avant le total
Deux règles passent avant le score global, et ce sont elles qui évitent la mauvaise décision la plus fréquente : engager un projet parce que la moyenne est correcte.
- Si l'axe 1 (données) ou l'axe 5 (gouvernance et RGPD) est sous son seuil, le projet se reporte, quel que soit le total. Sans données exploitables, le meilleur cas d'usage ne s'alimente pas. Sans cadre d'usage écrit, les pratiques s'installent seules avec les outils grand public, et les reprendre après coûte plus cher que de les cadrer avant — c'est l'objet de cadrer les usages de l'IA générative.
- Un total avec un axe à zéro ne se lit pas comme le même total réparti. Soixante points obtenus avec un axe vide décrivent une autre situation que soixante points étalés sur huit axes. Dans le premier cas, c'est l'axe vide qui décide de la suite.
- Un score haut ne veut pas dire « lancez tout ». Il veut dire que le risque s'est déplacé de la faisabilité vers le périmètre. La suite est alors la feuille de route qui suit le diagnostic, pas une série de chantiers en parallèle.
Ce que vous faites ensuite, selon le résultat
Un score sans suite ne sert à rien. La grille propose donc, pour chacun des trois paliers, les quatre premières actions — dans l'ordre, et sans en ajouter.
Prématuré0 – 36
- Traiter d'abord la double saisie et les reprises repérées à l'axe 2 : ce sont des gains qui ne demandent pas d'IA.
- Mettre en place la mesure de l'axe 8 sur un seul processus : sans point de départ chiffré, aucun projet ultérieur ne sera défendable.
- Écrire la règle d'usage de l'axe 5, même en une page. Les usages non cadrés s'installent pendant qu'on attend d'être prêt.
- Reprendre la grille dans six mois, sur le même processus, et comparer les deux scores.
À préparer37 – 72
- Lister les axes sous la moitié de leur maximum, et ne retenir que les deux plus bas.
- Choisir un seul cas d'usage, celui de l'axe 7 qui a un utilisateur nommé, et le chiffrer avant de l'outiller.
- Faire relever la mesure de départ avant toute mise en service : après, il sera trop tard.
- Fixer le critère d'arrêt et la date d'évaluation en même temps que le budget.
Prêt73 – 108
- Engager un seul chantier, celui qui peut être arrêté sans casser autre chose (question 7.5).
- Écrire la spécification avec l’utilisateur nommé, y compris ce qui le ferait renoncer.
- Prévoir dès le départ le temps de relecture humaine, et le retirer d’une autre charge.
- Planifier l'évaluation à date fixe, avec le seuil écrit, avant la mise en service.
Dans les trois cas, la première action est la même en substance : réduire le périmètre. Un chantier unique, arrêtable, avec un utilisateur nommé, vaut mieux que trois pilotes que personne ne suit. C'est aussi ce qui distingue par où commencer quand rien n'est engagé d'un plan de transformation.
Ce que dit le droit, et où le vérifier
Les axes 3 et 5 renvoient à des obligations réelles, et la grille ne les résume pas de mémoire. Ce qui suit est reproduit depuis les sources officielles, avec leur adresse : vérifiez-y plutôt que de nous croire. Ce n'est pas un avis juridique, et la grille ne couvre pas les obligations sectorielles qui peuvent s'ajouter.
Une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) est obligatoire si le traitement envisagé est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes physiques. Le Comité européen de la protection des données a identifié neuf critères d'appréciation : un traitement qui remplit au moins deux de ces critères est présumé soumis à l'obligation.
CNIL, « IA : Réaliser une analyse d'impact si nécessaire » ; article 35 du RGPD — consulter la source
Parmi les risques que la CNIL demande de prendre en compte pour un traitement reposant sur l'IA : la discrimination automatisée causée par un biais introduit au développement, la production de contenu fictif erroné sur une personne réelle, et la décision automatisée prise sous l'effet d'un biais d'automatisation lorsque l'agent ne peut pas décider autrement sans que cela lui porte préjudice.
CNIL, « IA : Réaliser une analyse d'impact si nécessaire » — consulter la source
Article 4 du règlement (UE) 2024/1689 : les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d'IA prennent des mesures pour garantir, dans toute la mesure du possible, un niveau suffisant de maîtrise de l'IA pour leur personnel et les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA pour leur compte.
Règlement (UE) 2024/1689 (règlement sur l'intelligence artificielle), article 4 — consulter la source
Article 50, paragraphe 1 : les systèmes d'IA destinés à interagir directement avec des personnes physiques sont conçus de manière que ces personnes soient informées qu'elles interagissent avec un système d'IA, sauf si cela ressort clairement du point de vue d'une personne normalement informée et raisonnablement attentive.
Règlement (UE) 2024/1689, article 50, paragraphe 1 — consulter la source
Le règlement classe à haut risque les systèmes d'IA utilisés pour l'emploi, la gestion de la main-d'œuvre et l'accès à l'emploi indépendant, en particulier le recrutement et la sélection de personnes, ainsi que le suivi et l'évaluation des personnes dans le cadre de relations professionnelles. L'article 26 impose alors au déployeur de confier le contrôle humain à des personnes qui disposent des compétences, de la formation et de l'autorité nécessaires, et de veiller à ce que les données d'entrée soient pertinentes et suffisamment représentatives.
Règlement (UE) 2024/1689, annexe III point 4 et considérant 57 ; article 26 — consulter la source
Calendrier : le règlement est applicable à partir du 2 août 2026 ; ses chapitres I et II, qui portent notamment les pratiques interdites et l'obligation de maîtrise de l'IA, sont applicables depuis le 2 février 2025. D'autres dispositions suivent un calendrier distinct, énuméré à l'article 113.
Règlement (UE) 2024/1689, article 113 — consulter la source
La question de l'hébergement et des transferts se traite à part : l'hébergement des données et le RGPD détaille ce qui change selon le fournisseur retenu.
Télécharger la grille
Trois formats, même contenu, version du 2026-09-13. Le PDF est celui qui se remplit à la main : chaque question y porte ses quatre niveaux et une rangée de cases à entourer, et la feuille de score tient sur une page.
- PDF, 8 axes sur 13 pages — A4, à imprimer ou à annoter. C'est la version de travail.
- HTML imprimable — la même grille dans le navigateur, si vous préférez la lire avant de l'imprimer.
- Markdown — pour la reprendre dans vos propres outils, ou en faire un modèle interne.
La grille est réutilisable en citant la source. Si vous la reprenez pour un usage interne, gardez la mention de version : le contenu évolue avec le calendrier d'application du règlement européen, et une grille de 2026 ne se lira pas comme une de 2028.
Elle complète, sans le remplacer, les cas d'usage qui tiennent en PME et l'évaluation de maturité numérique, qui couvre un périmètre plus large que la seule IA.
La grille dit où vous en êtes. Elle ne dit pas ce que votre premier chantier rapporterait, ni lequel choisir parmi trois candidats crédibles : ces deux réponses demandent de mesurer le temps réellement passé sur le processus, avec les équipes qui le tiennent.
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