Par où commencer quand on veut intégrer l'IA
Le premier chantier décide de tous les suivants. Comment le choisir, ce qu'il faut avoir mesuré avant, et le calendrier réaliste des trois premiers mois.
Écrit par les consultants de Lick & Shannon Partners. La question nous est posée à presque chaque premier rendez-vous, et la réponse la plus utile est souvent celle qu'on n'attend pas : ne commencez pas par un outil.
Ne pas commencer par un outil
Le réflexe naturel est de tester un outil, voir ce qu'il sait faire, et chercher ensuite où l'appliquer. C'est l'ordre inverse de celui qui fonctionne, pour une raison simple : un outil vous montrera toujours quelque chose d'impressionnant, y compris sur un processus qui ne coûte rien.
Le risque n'est pas de perdre de l'argent sur une licence. Il est de consommer le crédit politique du sujet. Une première tentative qui ne produit rien de mesurable rend la deuxième beaucoup plus difficile à financer, et installe dans l'entreprise l'idée que « l'IA, on a essayé ».
Commencez donc par une question de gestion, pas de technologie : où part le temps de vos équipes, et sur quelles tâches ?
Choisir un premier chantier qui prouve quelque chose
Un bon premier chantier n'est ni le plus gros ni le plus facile. C'est celui dont le résultat sera visible par les personnes qui devront adopter la suite. Quatre critères le qualifient :
- Il fait mal aujourd'hui. Une tâche que tout le monde déteste faire — saisie, recopie, relance — emporte l'adhésion sans qu'on ait à convaincre.
- Il est fréquent et stable. Une tâche faite tous les jours de la même façon se mesure et s'automatise ; une tâche trimestrielle qui change à chaque fois, non.
- Son coût actuel est mesurable. Sans point de départ chiffré, vous ne pourrez pas démontrer le gain, donc pas défendre la suite.
- Il ne dépend pas d'un chantier informatique lourd. Si le premier cas d'usage suppose de refondre un système, ce n'est pas un premier cas d'usage.
À l'inverse, méfiez-vous du chantier qui coche « impressionnant » et rien d'autre. Il produit une démonstration, pas un changement.
Ce qu'il faut mesurer avant
Trois chiffres suffisent, et ils se relèvent en une semaine sans outil particulier :
- Le volume — combien de fois la tâche est faite par semaine ou par mois.
- Le temps unitaire — combien de minutes elle prend réellement, mesuré, pas estimé. L'écart entre les deux est régulièrement du simple au double, dans les deux sens.
- Le coût de l'erreur — ce que coûte une reprise quand la tâche est mal faite, et à quelle fréquence ça arrive.
Notez aussi qui la fait. Une tâche répétitive assurée par une personne coûteuse a une valeur d'automatisation supérieure à ce que le seul temps suggère — et sa libération a un usage évident.
Le calendrier réaliste des trois premiers mois
- 1.Mois 1 — mesurerRelevé des processus candidats et de leurs trois chiffres. Aucun outil acheté, aucune décision technique. Le livrable est une liste ordonnée par gain estimé.
- 2.Mois 2 — construire sur un seul casUn chantier, un responsable nommé, un périmètre étroit. On accepte que ce soit modeste : l'objectif est un résultat mesurable, pas une vitrine.
- 3.Mois 3 — mesurer à nouveau et déciderOn reprend les chiffres du mois 1. S'ils ont bougé, on ouvre le deuxième chantier avec un argument. Sinon, on comprend pourquoi avant d'en lancer un autre.
Ce rythme paraît lent quand on lit ce qui s'écrit sur le sujet. Il est pourtant plus rapide que la trajectoire habituelle, qui consiste à lancer trois chantiers en parallèle, à n'en finir aucun, et à repartir de zéro l'année suivante.
Ces critères vous permettent de trier. Ils ne désignent pas votre premier chantier : ça suppose de connaître vos processus, vos coûts et vos contraintes du moment — c'est ce que fait un diagnostic, en deux semaines.
Demander un diagnostic IA
Deux semaines pour cartographier vos processus et sortir une liste de cas d'usage priorisés.
Pour aller plus loin