Transition digitale : ce que le mot recouvre vraiment
Digitaliser n'est pas transformer. Ce qui distingue une dématérialisation d'une transition réelle, et par quoi commencer dans une PME.
Écrit par les consultants de Lick & Shannon Partners. Le terme est employé pour désigner à peu près tout, ce qui le rend inutilisable pour arbitrer. Cette page essaie de lui rendre un sens opérationnel.
Dématérialiser n'est pas transformer
Scanner des documents papier pour les stocker en PDF est une dématérialisation. Le travail n'a pas changé : les mêmes personnes font les mêmes étapes, sur un support différent.
Il y a transformation quand le processus lui-même est différent : une étape disparaît, une information n'est plus ressaisie, une décision se prend au moment où l'information arrive plutôt qu'en réunion hebdomadaire.
La distinction n'est pas théorique, elle a une conséquence budgétaire directe : une dématérialisation coûte et ne rapporte presque rien. C'est ce qui explique une part importante des déceptions — l'entreprise a payé un projet de transformation et obtenu une numérisation.
Le test : après le projet, quelqu'un fait-il un travail différent ? Si la réponse est non, ce n'était pas une transformation.
Les quatre dimensions d'une transition
Une transition qui tient traite quatre dimensions. La plupart des projets en traitent deux, et échouent sur les autres.
- Les processus — ce qui est fait, par qui, dans quel ordre. C'est ce qu'on regarde en premier, et c'est le plus facile.
- Les données — leur existence, leur qualité, leur circulation entre systèmes. C'est là que la majorité des projets achoppent, et rarement là qu'on regarde en premier.
- Les compétences — ce que les équipes savent faire, et ce qu'il faudra qu'elles sachent.
- La culture — le rapport à l'erreur, à l'autonomie, à la transparence. C'est celle qu'on saute, parce qu'elle ne se met pas dans un plan de charge.
Par quoi commencer dans une PME
Dans une PME, les moyens sont contraints et l'attention de la direction est le vrai facteur limitant. L'ordre suivant donne les meilleurs résultats :
- Un processus qui fait mal. Pas le plus stratégique : le plus pénible. Il emporte l'adhésion sans qu'on ait à convaincre.
- La donnée qui bloque plusieurs sujets. Un fichier client dispersé en trois endroits empêche à lui seul quatre chantiers. Le régler n'est pas spectaculaire et débloque tout le reste.
- Ce qui est visible du client. Un délai de réponse, un suivi de commande. L'effet commercial rend le sujet défendable en interne.
Ce qu'il faut éviter en premier chantier : le changement de système central. C'est long, coûteux, invisible pendant des mois, et ça consomme tout le crédit disponible.
Ce qui la fait échouer
- Le projet piloté par l'outil. On choisit une solution, puis on adapte l'entreprise. L'ordre inverse coûte moins cher et produit un résultat qui ressemble à votre métier.
- La transformation annoncée, jamais expliquée. Les équipes entendent « transformation digitale » et comprennent « réorganisation ». Elles n'ont pas tort, et le silence sur ce point est lu comme un aveu.
- Le pilotage par le déploiement. Un tableau qui suit le nombre d'outils installés dit combien on a dépensé, pas ce qui a changé.
- L'absence de fin. Un programme sans terme ni critère de réussite s'épuise, et personne ne peut dire s'il a marché.
Cette page pose le cadre. Elle ne dit pas où vous en êtes sur chacune des quatre dimensions, ni quel premier chantier convient à vos moyens du moment — c'est le rôle d'une évaluation de maturité, qui prend quelques jours.
Évaluer votre maturité numérique
Où vous en êtes réellement, et par quoi commencer compte tenu de vos moyens.
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